Ce matin, l’illustration n’est encore que promesse

Il y a des matins où l’atelier sent le calme avant tout le reste.

Pas encore les décisions, pas encore les corrections, pas encore le regard critique qui viendra plus tard juger si c’est bon ou pas. Juste ce moment suspendu où le fichier est ouvert, la palette chargée, et où tout est encore possible.

Ce matin c’était aquarelle digitale. Le pinceau numérique a quelque chose de particulier : il glisse sans résistance, sans l’imprévu du papier qui boit trop ou pas assez. Et pourtant il y a quand même cette part d’inattendu, cette lumière qui commence à s’installer dans un coin que tu n’avais pas vraiment prévu.

Je crois que c’est ça que j’aime le plus dans le travail d’illustration.

Pas le résultat fini, encadré, livré. Pas le moment où le client dit “c’est exactement ce que je voulais” même si ce moment-là est précieux lui aussi. Non. C’est l’avant. Quand l’illustration n’est encore que promesse. Quand elle pourrait devenir mille choses différentes et qu’elle n’a pas encore choisi.

C’est un peu égoïste comme moment, finalement. Il n’appartient qu’à moi.

Après, elle appartiendra à l’histoire qu’elle raconte, au livre qu’elle va habiter, aux yeux de ceux qui la regarderont. Mais là, ce matin, pendant cette heure-là, elle est encore dans cet espace entre l’idée et la forme.

Et je prends le temps de rester dedans.

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